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Caroline Logiou, rêves saint-louisiens par Assane Koné

Caroline Logiou, rêves saint-louisiens par Assane Koné

25 décembre 2019 - par Assane Koné 
 - © Arnaud Galy - Agora francophone
© Arnaud Galy - Agora francophone

Caroline Logiou est autrice et metteure en scène, très connue en Belgique dans les milieux du théâtre. Elle a participé début décembre, aux côtés d’une dizaine d’autres hommes et femmes de théâtre, auteurs et comédiens, à la Résidence d’auteurs 10 sur 10 à Saint-Louis du Sénégal. Écrire 10 pièces de théâtre de 10 pages avec 10 personnages en 10 jours par 10 auteurs francophones. Justement, la langue française est l’émollient qui unit le groupe. Pour Caroline Logiou, elle permet « un dialogue par delà les cultures ».

La thématique est libre, mais les auteurs sont invités à prendre en considération le monde actuel et les préoccupations des jeunes d’aujourd’hui. L’amitié, la famille, les nouvelles technologies, la liberté, la tolérance, la politique sont autant de thèmes récurrents dans les pièces 10 sur 10. Cette résidence dure 16 jours : 10 jours sont consacrés à l’écriture, 3 week-ends aux visites et activités diverses. Des rencontres avec des enseignants, des élèves, des professionnels du théâtre sont également prévues. La cuvée 2019 en préparation à Saint-Louis a pour thème : Solidarité. Une première expérience africaine pour Caroline.
Notre interlocutrice se dit justement convaincue : « Seule une solidarité entre les peuples pourra mettre l’humanité à l’abri d’une catastrophe » Mais elle s’interroge : « Pourquoi, les peuples ne se rebellent-ils pas ? ». Son constat : « Les opprimés sont plus nombreux que les oppresseurs ». Son souhait : « Une révolte, oui une révolte qui pourra donner des opportunités meilleures aux générations futures ».

Mais attention tout de même. Caroline Lougiou est contre tout nationalisme. « Que de dangers dans le nationalisme. Et je suis inquiète devant la montée actuelle des nationalismes au niveau mondial  ». Elle dénonce : « Au nom du nationalisme, il y a la tentation du repli sur soi ». Au-delà des États et des continents, elle ne cache pas qu’elle rêve d’une société qui prend soin des plus faibles. « La communauté doit être là pour prendre soin des plus fragiles. Je rêve de cette société ».

L’oppression est intolérable, tout comme la corruption qui gangrène la société. Elle dénonce. Elle s’indigne. Il ne peut pas y avoir de solidarité dans une société corrompue. « On ne peut pas jouer avec quelqu’un qui triche. Or j’ai l’impression que si on ne triche pas on n’arrive pas au pouvoir ». Indignation encore quand « c’est la Société Générale qui vous souhaite la bienvenue à Saint-Louis, alors qu’en Belgique chez elle, aucun panneau de Total ne souhaite la bienvenue à qui que ce soit ».

Même les journalistes africains en prennent pour leur grade. « Ils doivent mener des enquêtes sur tout ce qu’on entend çà et là, quant à l’implication des puissances coloniales dans l’entretien de certains conflits sur le continent. Leur travail est primordial pour que la lumière soit faite sur certaines situations ».
Dans ce flot d’indignation, Caroline Logiou s’est trouvé une alliée. Il s’agit de l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome. Invitée à réagir sur les récents propos de cette dernière selon lesquels « la rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce », elle y va un peu comme à la cantonade : « Je comprends sa colère et je crois qu’elle a raison. Elle veut passer à autre chose. À un moment, on peut parler d’autres choses dans les pays africains. Il faut aller de l’avant. Il est temps de rêver l’Afrique comme les Africains la veulent. On ne pourra jamais justifier l’esclavage et la colonisation. Malheureusement je ne peux que constater que les Africains vivent encore le poids de la colonisation. Mais, cela fait partie de l’histoire, même si c’est dur et difficile de le dire ».

Des éléments qui suscitent tout de même un espoir à ses yeux ? Le multiculturalisme, le brassage, les échanges interculturels. « Cette résidence d’écriture 10 sur 10 est une belle aventure qui nous permet de découvrir autre chose. J’ai eu la chance de discuter avec Saïd du Sénégal, en utilisant cette langue, le français, qui a facilité la communication. Pourtant je me rends bien compte que les réalités sont différentes d’un pays à un autre ».

Oui, lutter ensemble, pour faire valoir des droits fondamentaux. N’est-ce pas là un des objectifs de cette résidence d’écriture ?

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